| | | | Le cercle, de Jafar Panahi 1h29 – Iran – 2000 VO Sortie à Paris : 31 janvier 2001 Avec Maryam Parvin Almani, Nargess Mamizadeh, Fereshteh Sadr Orafai, … Lion d’Or au Festival de Venise 2000 Les destins croisés de six femmes, liées par la perte de leurs libertés fondamentales dans l’Iran d’aujourd’hui. Solmaz, contre tous les désirs de sa famille, donne naissance à une petite fille. C’est le début d’une curieuse ronde féminine. En face de la maternité, trois femmes cherchent à gagner de l’argent. Elles sortent de prison, errent dans la ville, rencontrent plusieurs de leurs contemporaines qui ne vont pas mieux qu’elles. On en suit une. On la perd. On en retrouve une autre… A tous points de vue, Le cercle lève le voile. Jafar Panahi, auteur il y a quelques années du gonflé Ballon blanc donne ici un sens concret à la condition bafouée de la femme en Iran, le tout dans l’urgence (plans volés en pleine rue…). De la maternité à la cellule d’une prison ; d’une rue nocturne, où il effleure une fille avec un travelling coulant, à un entrelacs de ruelles où une autre est prise au piège, Panahi, par bribes et ellipses, se joue des obstacles et touche juste à force de séquences tendues et frémissantes. Et on n’oubliera pas de sitôt les regards volés – parfois sensuels, parfois chargés d’angoisse – de ces filles capables de tout. En résumé, Le cercle est un film politiquement poignant. | Rue du Retrait, de René Féret 1h30 – France – 2000 Sortie à Paris : 28 mars 2001 Avec Dominique Marcas, Marion Held, Julien Féret, Sacha Rolland, … Un jour, dans une pharmacie de son quartier, Isabelle, brillante publicitaire de 45 ans, élégante et distinguée, rencontre Mado, une minuscule petite vieille toute rabougrie. Mado Bidois a 90 ans et chez elle, tout est sale, sordide, désolant, atroce. Malgré la panique de se sentir piégée, son dégoût, Isabelle va revenir chez Mado. Tout les sépare. Pourtant, des rapports étroits vont se nouer entre les deux femmes, des rapports ambigus aussi, car la vieille dame combat désespérément pour sauver sa dignité et son autonomie. Et Isabelle change… René Féret nous propose un film généreux, émouvant. Il a su capter des moments magiques d’intimité entre ces deux femmes qui, petit à petit, vont s’apprivoiser. Le quartier de Belleville est un personnage à part entière du film et l’on prend plaisir à le découvrir à travers la caméra de François Lartigue. Un coup de cœur que nous souhaitons partager avec vous ! | Plus fort que le silence, de Sun Zhou 1h30 – Chine – 2000 VO Sortie à Paris : 28 février 2001 Avec Gong Li, Gao Xin, Shi Jingming, Guan Yue, … Zheng Da est sourd, et sa mère refuse de l’envoyer en institution spécialisée. Au fil des jours, elle le prépare à l’examen d’entrée à l’école où, croit-elle, parmi des enfants « normaux », en grandissant, il changera. Mais à la première tentative, Zheng Da échoue… Plus fort que le silence n’est pas un film larmoyant. Loin de là. Grâce à une mise en scène précise, qui ne s’attendrit pas, Sun Zhou (réalisateur chinois dont c’est le deuxième film) livre un récit à la fois poignant et sobre sur la Chine au quotidien. Ses atouts : un scénario qui évite le cliché et surprend souvent le spectateur. Voir la scène où la mère se fait harceler par son employeur. Ce qui nous amène au deuxième point fort de ce film : Gong Li. L’actrice chinoise offre ici une de ses plus fines interprétation, montrant une mère dure et émouvante à la fois. La plongée dans le quotidien de la Chine d’aujourd’hui a quelque chose de fascinant. | Pettson et Picpus, de Albert Hanan Kaminski 1h14 – Suède / Allemagne / France - 1999 Sortie à Paris : 14 février 2001 En ce 31 décembre, le vieux Pettson et son matou filou Picpus se sont offert une bonne partie de pêche sur le lac gelé. A la nuit tombante, alors que les autres pêcheurs sont rentrés depuis longtemps, ils trouvent un gisement de poissons pris dans la glace qu’ils découpent et entassent sur leur traîneau. Une tempête de neige s’abat alors sur eux les clouant sur place. Ils construisent un igloo avec les blocs de glace. Pour lutter contre le froid et la faim, serrés l’un contre l’autre, ils se remémorent les épisodes cocasses des beaux et moins beaux jours de l’année écoulée… Avec une animation volontairement simple, Albert Hanan Kaminski, réalisateur belge, nous invite à suivre les aventures de deux antihéros touchants et sympathiques : Pettson, l’adulte tête en l’air, et Picpus, le matou intrépide et gaffeur. Ce monde est aussi peuplée d’une kyrielle de créatures, secondaires et burlesques, qui renforcent la magie de l’ensemble. Les tribulations de ces deux compères s’adressent aux tout-petits avec finesse et humour, pour rappeler « qu’il n’y a pas d’âge pour faire des bêtises ! ». On aurait tort de s’en priver ! ! | Mademoiselle, de Philippe Lioret 1h25 – France – 2000 Sortie à Paris : 21 mars 2001 Avec Sandrine Bonnaire, Jacques Gamblin, Isabelle Candelier, Zinedine Soualem, … En province, Claire, une visiteuse médicale, croise Pierre, un comédien qui improvise dans des séminaires et des mariages… Entre eux, immédiatement, c’est le coup de foudre. Comme toutes les histoires d’amour, Mademoiselle commence par un regard. Une femme se souvient… D’hier. D’une pharmacie. D’un congrès. D’un homme. Forcément d’un homme. Et soudain, elle se laisse envahir par la nostalgie d’un amour qu’elle a à peine eu le temps de vivre, mais qui a vraisemblablement donné une toute autre couleur à son existence. Philippe Lioret, après Tombés du ciel et Tenue correcte exigée, a réussi un très beau portrait de couple. Grâce à une mise en scène classique et élégante, qui s’attache aux visages, aux regards et aux silences, le réalisateur privilégie au maximum ses deux acteurs principaux. Rarement Sandrine Bonnaire a été aussi bien regardée, comprise, aimée. Elle est belle, d’une beauté simple et humaine qui donne à son jeu une profondeur et une émotion encore plus fortes. Face à elle, Jacques Gamblin apporte sa fragilité et son charme désinvolte à un personnage de séducteur blessé. Un charme, une délicatesse, une finesse constante dans cette romance profonde et intense comme un coup de foudre. Un petit régal ! | Traffic, de Steven Soderbergh 2h25 – Etats-Unis / Allemagne – 2000 VO Sortie à Paris : 7 mars 2001 Avec Michael Douglas, Benicio Del Toro, Catherine Zeta-Jones, Dennis Quaid, Luis Guzman, … 5 nominations aux Oscars ! Entre deux petits policiers mexicains, un juge de la Cour Suprême dont la fille est toxico, un baron du crime et sa femme, et une flopée d’agents fédéraux, un point commun : le trafic de drogue… Rien n’est plus difficile à communiquer que le plaisir. Que ce bien-être qui vous imprègne, tant ce film ne cesse de vous séduire, de vous surprendre, de vous entraîner ailleurs, de vous faire toucher du doigt d’autres vies, d’autres destinées… C’est une sensation délicieuse si difficile à partager que la meilleure chose à faire est de nous croire sur parole et d’aller voir Traffic sans plus attendre ! Soderbergh (Hors d’atteinte, Erin Brockovich, L’Anglais, …) est assurément l’un des cinéastes américains d’aujourd’hui les plus intéressants, passé maître dans l’art de construite des histoires fortes, de faire vivre des personnages vrais. Et sa double nomination aux Oscars, pour deux films, la même année, est un remarquable exploit. Cette fois, il a donc choisi de remonter une filière de traficants de drogue, de démonter un trafic. Pas à pas. Peu à peu, avec brio, il assemble les morceaux du puzzle sous nos yeux ébahis… Sans juger. Sans rien ôter à la complexité des situations. Les acteurs sont étonnants, et particulièrement Benicio Del Toro. Bref, un immense plaisir de cinéma ! | |
Dernière modification : 29 mai 2002 |
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