La saison des hommes, de Moufida Tlatli

2h04 – Tunisie / France – 2000     VO

Sortie à Paris : 27 décembre 2000

Avec Rabiaa Ben Abdallah, Sabah Bouzouita, Ghalia Ben Ali, Hend Sabri…

 

A Djerba, les épouses vivent onze mois par an sans leurs maris, partis travailler à Tunis, la capitale. On attend « la saison des hommes ». Leur retour est vécu comme une fête, comme de nouvelles noces. Mais pour d’autres, la « condition féminine » n’est pas simple à vivre, elles, adolescentes nées dans un monde masculin. L’enfermement et la tradition pèsent, la liberté et la modernité font rêver, le passé et le présent se heurtent à l’instar des générations, des sexes. Sous la lumière méditerranéenne, passions et espoirs naissent, les blessures se cicatrisent. La saison des hommes est révolue…

Installer les rapports de plusieurs générations de femmes sous un même toit n’est pas chose facile. Mais la réalisation fluide, ni réaliste, ni théâtrale, s’insinue doucement et finit par disposer un compromis adroit. La réalisatrice nous revient, sept ans après Les silences du palais, avec ce très beau film sélectionné  dans la catégorie Un certain regard, au dernier Festival de Cannes.

Un film mûr, émouvant, humain et universel.

 

Sous le sable, de François Ozon

1h35 – France – 2000

Sortie à Paris : 7 février 2001

Avec Charlotte Rampling, Bruno Crémer, Jacques Nolot, Alexandra Stewart, …

 

Chaque été, Jean et Marie partent en vacances dans les Landes. Mais cette année, alors que Marie dort sur la plage, Jean disparaît. S’est-il noyé ? S’est-il enfui ? Marie se retrouve seule face à l’énigme de la disparition de l’homme de sa vie.

Depuis ses premiers courts-métrages jusqu’à Sous le sable aujourd’hui, François Ozon a ceci de passionnant qu’il surgit toujours là où on ne l’attend pas. Inspiré d’un événement dont il a été témoin enfant, ce film est une variation autour du souvenir avec une idée centrale : comment faire un deuil quand il n’y a pas de corps. « C’est à cette difficulté que j’ai voulu confronter Marie tout au long du film : l’intégration d’un événement douloureux, mais aussi inexplicable. Comme on pouvait imaginer beaucoup de suites différentes à cette histoire –le fait que le mari ne soit pas mort, qu’il ait fait une fugue…- je me suis dit que ce serait excitant de commencer à tourner sans connaître la fin, et d’imaginer la suite de cette première partie en fonction du tournage, du travail avec les comédiens, et du montage ».

Dans le rôle de Marie, Charlotte Rampling livre une de ses plus belles compositions. Ozon filme avec un amour infini son jeu dépouillé de tout artifice. Simple et profond. Comme le sont d’ailleurs Bruno Crémer et tous les seconds rôles d’un casting sans fausse note.

 

Le cheval venu de la mer, de Mike Newell

1h40 – Irlande – 1993            VF

Avec Gabriel Byrne, Ellen Barkin, Ciaran Fitzgerald.

 Un étrange cheval blanc a été ramené au camp des Tinkers (les gens du voyage) par grand-père Ward, un conteur de légende hors pair. Ses deux petits-fils, Ossie et Tito vivent avec leur père, Papa Ryley, un Tinker qui s’est sédentarisé en Irlande après la mort de sa femme. Les enfants, nourris de légendes, de télé et de westerns, vont se lancer dans une cavale éperdue vers l’Ouest de leurs fantasmes, chevauchant Tir na nog, cheval de tous les rêves.

Jim Sheridan, scénariste du film, a écrit un « conte » qui possède toute la magie et la puissance d’évocation de notre enfance. A ce « merveilleux » s’ajoute le réalisme dans lequel s’inscrit « le cheval venu de la mer ». Sheridan nous donne une vision lucide et dure de ces gens du voyage irlandais, mais l’amertume de ce constat est toujours corrigée par l’humour et la légèreté.

 

La b ête humaine,  de Jean Renoir

1h36 – France – 1938   NB

Avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux, Julien Carette…

 

Jacques Lantier, conducteur de locomotive, est témoin d’un meurtre : Roubaud, sous-chef de gare, tue l’amant de sa femme, Séverine. Lantier tait ce qu’il sait, par amour pour la jeune femme, et pense être débarrassé de ses pulsions meurtrières lorsqu’ils deviennent amants. Mais Séverine, ne supportant plus son mari, pousse Lantier à le tuer…

Un chef-d’œuvre du cinéma français, à découvrir ou revoir sur grand écran. L’interprétation est magistrale.

 

Merci pour le chocolat

de Claude Chabrol

1h39 – France – 2000

Sortie à Paris : 25 octobre 2000

Avec Isabelle Huppert, Jacques Dutronc, Anna Mougladis…

 

A la recherche de ses origines, une jeune pianiste pénètre dans une famille dans laquelle elle décèle rapidement des comportements étranges…

Le dernier Chabrol, bien que d’une perversité absolue, est un film brillant, qui ressemble à un jubilatoire exercice hitchkockien. Chabrol truffe son film de références au maître, et agrandit sa famille en invitant Jacques Dutronc à se joindre à Isabelle Huppert (tous deux formidables).

Un magnifique film, à voir absolument.

 

Pas d’histoires ! 12 regards sur le racisme au quotidien

1h10 – France – 2000                                                                                            

Sortie à Paris : 17 janvier 2001

Avec J.-P. Darroussin, Faudel, Soria Mouffakir, Roschdy Zem, …

Témoignages de jeunes auteurs nourris du regard de cinéastes professionnels… Ainsi est née la série « Pas d’histoires ! ».

L’association Dire, Faire contre le Racisme, à l’initiative de cette série, a lancé un appel à scénarios de films courts auprès des 16-26 ans, en 1998. Ils reçurent 500 réponses, textes spontanés, écrits dans l’urgence ou inspirés de faits réels. Au final, 60 scénarios retenus, 12  tournés, qui abordent le racisme sous plusieurs formes : « Cyrano », « Lettre à Abou », « Maman, regarde ! », « Mohamed », « Pas d’histoire », « Petits riens », « Pimprenelle », « Poitiers, voiture 11 », « Relou », « Sans l’autre, t’es rien », « Tadeus » et « Le vigneron français » composent ce programme plein de surprises et réalisés par des cinéastes de tout bord : Catherine Corsini, Emilie Deleuze, mais aussi Yamina Benguigui, François Dupeyron, Philippe Lioret, Yves Angelo, etc.

Programmé à l’occasion des Semaines contre le Racisme, ce programme est à découvrir en famille.

 

Capitaines d’avril, de Maria de Medeiros

2h04 – Portugal / France – 2000       VO

Sortie à Paris : 24 janvier 2001

Avec Stefano Accorsi, Maria de Medeiros, Joaquim de Almeida, Frédéric Pierrot, Emmanuel Salinger…

 

Dans la nuit du 24 au 25 avril 1974, au Portugal : le capitaine Maia fait partie du Mouvement des Forces Armées qui, sous la coupe de jeunes capitaines, a décidé de renverser le régime militaire de l’Estado Novo. Tandis que Maia s’apprête à faire marcher son régiment sur Lisbonne, Manuel, un autre vétéran d’Afrique, prend avec ses hommes la radio et diffuse sur les ondes « Grândola », une chanson interdite du poète José Afonso : la révolution est lancée.

En replongeant dans ces journées d’avril 1974, Maria de Medeiros, qui est d’origine portugaise, restitue bien cette folle poussée de fièvre qui a permis à un pays tout entier de se libérer lui-même. Dans le regard de ces jeunes capitaines, on peut lire ce mélange de naïveté et de peur, d’incrédulité et de courage, mais aussi cette conviction profonde qui les rend irrésistibles, comme dotés de pouvoirs magiques. Sans chercher le spectaculaire (on est loin du film de guerre), sans mimer non plus le style documentaire, la réalisatrice –qui joue également- fait passer sa sensibilité sans artifice. L’esprit singulier de cette révolution absolument unique par son enthousiasme, son naturel et sa non-violence, restera dans l’Histoire sous le nom de Révolution des Œillets.

L’utopie n’est pas toujours inaccessible. La preuve.

 

 
Dernière modification : 29 mai 2002